UN C.E. EXTRAORDINAIRE

Dans le cadre de la législation sociale, la direction d’une société convoque régulièrement les membres du
Comité d’Entreprise. Toute grande société possède son propre Comité d’Entreprise ou Comité d’Établissement.
L’entreprise d’état E.D.F., nationalisée en 1946, n’en fait pas exception. Son comité s’appelle autrement : le C.C.A.S.
(Caisse Centrale des Actions Sociales). Mais ce Comité d’Entreprise, particulier par son nom, est régulièrement épinglé.
Il ne se passe pas une année, sans que les médias, des journalistes d’investigation, la Cour des Comptes ou des syndicats
minoritaires de l’établissement, évoquent sa gestion calamiteuse. Tous en contestent le fonctionnement, ou attirent l’attention
sur ses dysfonctionnements. A titre d’exemple, les dépenses consacrées à la restauration sont deux fois supérieures à celles
couramment pratiquées par la concurrence. Les camps de vacances font ressortir des gabegies récurrentes. Une instruction
judiciaire est d’ailleurs en cours pour abus de bien sociaux. Elle restera sans suite. Ce C.C.A.S. est une véritable entreprise
possédant un budget colossal. Il faut savoir que la somme annuelle qui lui est allouée, est de l’ordre de 400 millions d’euros !
Soit 1% du chiffre d’affaires que réalise E.D.F.
Lors de sa nationalisation, les accords signés entre les partenaires sociaux de l’époque, stipulaient que le budget du C.E.
serait alimenté par un prélèvement sur le chiffre d’affaires, contrairement au 1% calculé  sur la masse salariale pour toutes les
autres entreprises. Cette particularité dans le mode de calcul est très intéressante et avantageuse pour les employés de
l’entreprise d’état. En effet, si les effectifs d’E.D.F. se stabilisent, son chiffre d’affaires est en progression constante, alors
que dans le domaine public, les effectifs ont tendance à diminuer. Conséquence pour ces  entreprises : réduction de la masse
salariale, donc diminution de l’enveloppe réservée aux comités d’entreprises…
Les avantages pour les salariés sont donc inversement proportionnels, selon qu’ils appartiennent à une entreprise publique,
ou nationalisée comme E.D.F… Les employés percevront des avantages sociaux plus importants, alors que ceux du secteur
privé verront les leurs s’amenuiser. Voilà pour l’anecdote, enfin, cette inégalité…
Le C.C.A.S., c’est 4000 postes de travail ! 40% de son budget sont consacrés à la gestion des centres de vacances, un
pourcentage impressionnant est également affecté au poste « restauration d’entreprise ». Le C.C.A.S. c’est aussi le financement
et la gestion de la mutuelle de ses salariés. Celle-ci, en faillite depuis bien longtemps, est annuellement renflouée.
Mais ce gigantesque comité d’établissement, favorise également, mais indirectement, des activités militantes. La Fête de
l’Humanité à la Courneuve, les actions de manifestations déclenchées par les intermittents du spectacle, sans compter les
aides apportées à d’autres organisations syndicales appartenant à des branches d’activités différentes. La présidence de cette
véritable entreprise est bien entendu convoitée par d’autres syndicats, mais l’implantation et l’influence de la C.G.T., qui a toujours
entretenu des relations consensuelles avec les directions qui se sont succédé, sont tellement considérables, qu’il sera très difficile
de faire basculer la majorité des membres élus, d’autant plus que cette organisation syndicale garde encore un bon nombre de
sympathisants qui profitent du système. Voilà pourquoi la gestion du C.C.A.S. obéit plus à une certaine idéologie, et à la défense
d’un pré carré, plutôt qu’à une logique économique.
Pour rester dans l’actualité, je parlais des avantages inversement proportionnels accordés aux salariés selon leur statut, mais
je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre cette incohérence et les 1200 postes de travail qui vont être supprimés chez
Hewlett Packard à Grenoble. Société qui affiche pourtant des bénéfices record. Là aussi, le principe de la règle de l’inversement
proportionnel est appliqué. Plus de bénéfices, moins d’employés…

C. HOMBERT - septembre 2005