CE TIC TAC QUI IMPRIME LE TEMPS

Dans la demie pénombre, confortablement installé dans un fauteuil, j'écoutais depuis un bon moment, un concert en « live » de Jean Jacques Goldman. La platine laser venait de s'arrêter : la fin du dernier morceau venait de s’achever. Après l’abondante diffusion des sons numériques, un grand calme envahit soudainement la pièce dans laquelle je me trouvais.

Dans le silence de la nuit, un bruit moins intense vint remplacer celui produit par le son musical : le tic tac de l'horloge installée dans le coin du salon. Le cliquetis, régulier comme un métronome, que j'entendais, m’inspirait : il me faisait penser au mouvement perpétuel.
D'une régulation sans faille, le tic tac était généré par un mécanisme bien complexe, composé pour l'essentiel d'un ressort en forme de spirale qui exerce une pression constante sur un balancier. C'est celui-ci qui imprime le mouvement oscillatoire, nécessaire pour faire avancer les aiguilles du carillon. Le mouvement n’est pas vraiment perpétuel, puisque le ressort, source d'énergie, doit être remonté régulièrement par la main de l'homme. Sans cette opération de maintenance, le bruit du tic tac cesserait et les aiguilles de l’horloge arrêteraient de tourner.

Dans ce calme relativement bienfaisant, je restais songeur. Le bruit me faisait penser à celui émis par le claquement des touches d'un clavier d'ordinateur, sauf que la cadence était plus irrégulière.

Je n'en finissais pas d'écouter le battement monocorde du cliquetis, tout en pensant à sa fonction première, celle de faire avancer inexorablement les aiguilles qui indiquent l'heure, ces aiguilles qui font avancer le temps...

Je continuais mes rêveries et partis vers d'autres méditations. Je pensais à ce temps qui avance inéluctablement, qui se rapproche des moments fatidiques. J'imaginais cet homme, condamné à la peine capitale, qui voit arriver l'heure de son passage sur la chaise électrique.

Je songeais à tous les événements qui jalonnent le temps. Au moment de la déclaration d'une guerre quelque part dans le monde, à la naissance d'un enfant, à la mort d'une personne...

Ce temps qui voit défiler les événements de notre Histoire : l'assassinat de Martin Luther King, celui du dictateur Ceaucesco, l'ouverture du mur de Berlin, le passage au troisième millénaire, les tremblements de terre et autres raz de marée, le jugement d'un autre dictateur, Saddam Hussein...

Je pensais également à ce temps qui efface irrémédiablement les événements passés, que seules parfois, les photos arrivent à figer pour la postérité.

Ce temps qui passe si vite. Ce temps qui nous fait oublier nos passions, nos joies, nos déconvenues, nos peines...

Il arrive pourtant que l'on souhaiterait que le tic tac cesse, histoire d'arrêter le temps, de faire en quelque sorte un arrêt sur images sur les bons moments de notre vie, les images de bonheur, de réjouissances...

Mais ce tic tac qui traduit la marche du temps, reste implacable. Toujours en mouvement il nous laisse que des souvenirs... Faut laisser faire, c'est très bien.

Sorti de mes réflexions et revenant à la réalité, j'éteignis la lumière et allai me coucher. Le bruit du tic-tac régulier avait disparu. Il m'avait procuré une espèce de bien être, une certaine sérénité.

Il fut ce soir là pour moi, une source d'apaisement lénifiant...qui me plongea dans un sommeil profond.

C. HOMBERT
Novembre 2005