ILS SE CROYAIENT AU CASINO

Cinq millions de Français se sont portés acquéreurs d’actions E.D.F., représentant une partie du capital qui a été
privatisé par l’état !

Cette opération a connu un véritable succès populaire. Au cours de la première cotation boursière, on a assisté à
un phénomène pour
le peu singulier : plusieurs milliers de personnes se sont mises à vendre leurs nouveaux titres,
pensant réaliser ainsi une plus-value importante.

Pendant la journée des opérations de transactions, les autorités boursières se sont vite aperçu que le titre perdait
progressivement de sa valeur,
arrivant jusqu’à moins 15 % de son cours d’introduction. Les banques ont donc été
obligées d’intervenir pour maintenir la valeur du titre
à 32 euros en fin de clôture. Ouf ! Il était temps. Il aurait été en
effet affligeant que l’Etat, qui veut développer l’actionnariat populaire, se voit
désavoué par une frange de petits
« Golden Boys », qui voulaient réaliser de substantielles plus-values. Cinq millions d’actionnaires avaient
été séduits !
Il n’était pas question de voir anéantir tous les efforts consentis pour promouvoir l’actionnariat d’entreprise.

Pourtant, les « institutionnaires », qui ne se sont pas bousculés pour investir, avaient prévenu : EDF va consacrer des
sommes colossales
dans quelques années, au démantèlement de ses sites nucléaires dont l’exploitation aura cessé,
mais posséder des actions E.D.F. c’était la
garantie d’un bon placement. Un placement de « père de famille », le seul
objectif étant de maintenir raisonnablement le capital investi dans
l’éventail d’un portefeuille de valeurs mobilières dont
les rendements sont aléatoires. L’action E.D.F. ne pouvait être un placement à forte rentabilité.

Ce phénomène singulier m’amène à une réflexion : comment comprendre ce mouvement spontané d’actionnaires
minoritaires, qui se sont comportés
comme ces jeunes loups, appelés « Golden Boys », qui ont défrayé la chronique il y
a quelques années sur les places financières. Ils effectuaient en
masse des opérations d’achats et de reventes de titres,
leur seul objectif étant d’engranger rapidement des profits colossaux, sans se soucier des
retombées économiques et
sociales que pouvait entraîner un tel comportement. Mais qui étaient donc bien ces petits porteurs qui voulaient égoïstement

s’enrichir rapidement. Ces petits porteurs qui sont les premiers à dénoncer l’attitude des spéculateurs et autres traders…
Après tout, sur le plan financier,
il n’y a rien d’anormal puisqu’ils mettent en pratique les principes de notre système
d’économie libérale. Ce sont les effets pervers du capitalisme.

Ceux qui croyaient que cette grande entreprise E.D.F., était un casino dans lequel on viendrait pour miser non pas sur un
numéro, mais sur un sigle
représentant une société ou une compagnie, se sont trompés de salle. Le palais Brongniart,
n’est pas le Pacino de Saint Amand ! Mais ils gardaient
probablement en mémoire les substantiels profits réalisés par les
actionnaires qui avaient investi dans Gaz de France, Paribas, le Crédit Lyonnais
ou le Crédit Agricole, lors de leur privatisation…
D’autres avant eux avaient pourtant essuyé des déconvenues, car la Bourse est un miroir aux alouettes…

Des précédents pourtant auraient dû calmer les ardeurs spéculatives de ces actionnaires : la mise sur le marché d’Orange,
il n’y a pas si longtemps,
mais plus anciennement Eurotunnel, dont le gouffre est encore gravé dans nos mémoires.
Il est pratiquement impossible qu’un titre subisse une
décote de 20% lors de sa première journée de cotation. En admettant
que sa valeur reste fixe, l’achat, puis la revente du titre E.D.F., rapportent dans
ce cas de figure de substantiels bénéfices.
Les Goldens Boys ont été les 120000 agents privilégiés de cette grande compagnie.
Il faut savoir que
l’opération a été excellente pour E.D.F., qui aura empoché 7 milliards d’euros au passage.
Milliards nécessaires pour financer ses futurs investissements.


C. HOMBERT – novembre 2005