LE BON SENS A PREVALU

Malgré l’incroyable campagne médiatique orchestrée par une grande partie de la classe politique, relayée par la presse, les radios, les chaînes de télévision, leurs éditorialistes, la plupart des responsables associatifs, parfois des représentants des cultes religieux, et même, des syndicats de salariés… étrangers, le oui ne l’a pas emporté. Le projet de constitution européenne sera reconsidéré. Personne n’a cru aux mensonges de cette classe dirigeante qui nous certifiait qu’il n’y avait pas d’autre alternative. Pourtant, le plan B existe bien. Il y aura donc renégociation.

Pour convaincre un peu plus « la France d’en bas », une semaine avant le scrutin, TF1 avait cru bon devoir inviter le chanteur le plus populaire de France, Johnny Hallyday, officiellement pour assurer la promotion du dernier film dans lequel il joue. En préambule à l’interview, la journaliste s’est bien sûr empressée de demander à l’artiste s’il voterait oui ou non pour ce projet de constitution. Sa réponse, apprise par cœur, a été simple : « l’Europe c’est l’avenir, l’Europe c’est le progrès ». Qu’en savait-il vraiment le bougre ? Peu importe, l’objectif était atteint : convaincre ses admirateurs de voter comme lui.
Les médias étaient tellement impliqués dans la campagne pour le oui, que cette omni présence des partisans du projet pour une constitution, à qui l’on donnait l’occasion de s’exprimer, me rappela les débuts de la cinquième république, où seul Michel Droit était autorisé à interviewer le Général De Gaulle… Eh oui ! A cette époque la presse, la radio, l’unique chaîne de télévision, étaient contrôlées, verrouillées… un peu comme aujourd’hui, mais liées à une cause.

Pourtant, les Chirac, Raffarin, Hollande, Aubry et consorts, n’avaient pas ménagé leurs peines tout au long de cette campagne pour nous convaincre et même, pour nous mettre en garde en cas de vote négatif. Ils nous ont exhortés à choisir la voie de la raison en ratifiant ce projet, tout en nous laissant entendre, que si nous le refusions, la France se dirigerait vers un cataclysme, un séisme… L’Europe resterait figée, paralysée. Allons bon, elle en a vu d’autres cette Europe…

Et comme le font parfois les parents à leurs enfants quand ils ne sont pas sages, ils brandissaient la menace d’une punition. François Hollande parlait même d’un dimanche noir si le non l’emportait !

Soyons sérieux. Depuis sa création, l’Europe n’a jamais cessé de bouger, d’évoluer, de s’adapter au temps, de continuer à se construire. J’en veux pour preuve les différents traités qui l’ont fait avancer : Rome, l’Acte Unique du Luxembourg, Maastricht, Amsterdam et Nice.

Ce n’est pas le refus de ce projet de constitution qui empêchera l’Europe d’exister, et encore moins de progresser. Certes, une pause inopinée dans sa construction est marquée, mais ce rejet, n’est tout compte fait pas négatif. Une autre constitution verra le jour. Une constitution qui accordera, il faut l’espérer, moins de place au libéralisme économique triomphant, qui prendra en compte le maintien des services publics, qui parlera en termes clairs, de l’harmonisation sociale que tout le monde souhaite voir inscrire dans la constitution.

L’un des initiateurs, Giscard d’Estaing, vieux « briscard », de la politique, estimait pourtant que ce projet était bon pour la France. On n’a retenu de ce « chargé de mission », de son passage à l’Elysée, que l’affaire des diamants de Bokassa. A quel titre s’arroge t-il le droit d’avoir raison, de nous donner des leçons ? En outre, il affirme que de toute manière, il faudra de nouveau voter le texte, eh bien d’accord, mais un autre texte. Cette fois, peut-être que les parlementaires s’en chargeront… comme l’on fait ceux des autres pays qui ont bien entendu ratifié le projet.

Au nom de quoi toutes ces élites, ces énarques et autres technocrates bien pensants, perchés sur leur nuage, bien loin des soucis des citoyens, déconnectés de la réalité, mais empreints de leurs certitudes, doivent-ils nous imposer leur vision des choses ?

Nous disons oui pour une constitution dans laquelle sera mentionnée concrètement une harmonisation des lois sociales au sein des pays de l’Union. Nous disons oui pour un projet de constitution plus transparent dans son contenu et dont les articles ne souffrent pas à interprétation.

C’est cette Europe que nous voulons. Les grandes phrases se rapportant à l’exception culturelle, au maintien de la paix, à l’égalité au progrès économique et social, sont des arguments de campagne lénifiants. Ces évocations récurrentes font sourire. Depuis que l’Europe existe, on nous rabâche ces sempiternelles prophéties. Les Français sont de moins en moins dupes.

La paix ? Argument peu convaincant. Quand on constate que l’Europe reste impuissante face aux conflits en Tchétchénie, au Darfour, au Rwanda ou en Côte d’ivoire… on reste perplexe devant sa capacité d’intervention. Il est vrai que l’Europe n’est pas concernée, puisqu’elle ne garantit la paix que dans les états membres qui la composent…

Nous avons dit non à une Europe qui s’immiscerait dans la gestion économique de notre pays. Non à une Europe qui laissait entendre que le Droit à la vie était sacré et ipso facto, fait planer un doute chez les femmes : pourront-elles toujours avorter si elles le désirent ?

Le oui ne l’a pas emporté, car aucun argument concret ne nous a convaincus. Mais au-delà de ces raisons, les Français n’ont pas apprécié la pression, les menaces d’une grande partie de la classe politique et les intervenants extérieurs à la France, nous exhortant à voter oui. Cette campagne médiatique éhontée, favorisant l’expression du oui n’est donc pas étrangère au rejet. A vouloir prendre les Français pour des moutons de Panurge au lieu de gens responsables, l’effet inverse s’est produit.

Le bon sens a donc prévalu. Vive l’Europe avec une constitution repensée, plus claire, moins technique, qui parlera en termes concrets de nos préoccupations.

C . HOMBERT

Mai 2005