CE OUI QUE L’ON NOUS IMPOSE…

Alors que les douze derniers sondages relatifs au prochain référendum, confirment la préférence négative des Français
pour la mise en place d’une constitution européenne, le matraquage médiatique incroyable et la fabuleuse propagande
des organes d’informations en faveur du oui, ne semblent plus porter ses fruits.
En effet, la plus grande partie des quotidiens ou hebdomadaires, les télévisions et les radios, qui ne cessaient de nous
influencer pour voter cette Constitution, se taisent. La classe politique marque le pas, mais des voix s'élèvent encore en
prenant le soin d’éviter tous débats contradictoires, les moyens d’expression pour les partisans du non étant inexistants.
Puisque ces premiers sondages sont défavorables, eh bien le Président de la République, Jacques Chirac, décide de monter
au créneau, à la télévision notamment pour convaincre les Français. Pour ce faire, il a invité 83 jeunes, afin de débattre avec eux
sur ce projet de constitution. Le mot débattre n’ayant pas ici une grande signification, tant la contradiction fut illusoire. Bon nombre
d’observateurs reconnaissaient, à l’issue de l’émission, que les questions avaient été savamment choisies à l’avance et que
les jeunes invités avaient été sélectionnés en fonction de critères « élyséens ». Ces invités se sont retrouvés en position d’élèves,
écoutant religieusement les réponses magistrales du maître à leurs interrogations. Ce débat avec les jeunes n’a absolument pas
fait avancer le oui.
Certes, chaque citoyen va recevoir le projet de constitution qui contient 448 articles, mais comme le référendum de 1988 sur
la Nouvelle Calédonie, peu de Français liront ce texte trop rébarbatif. Difficile dans ces conditions de porter un jugement objectif
sur ce traité. Les phrases d’un texte de référence, qui plus est d’une constitution, sont particulièrement bien étudiées.
Les mots, mûrement réfléchis, sont souvent difficiles à décrypter. Et comme il s’agit d’un texte de droit, tout un chacun sait que
la meilleure école d’interprétation est celle du Droit, comment alors dans ces conditions, comprendre la signification d’un article,
alors qu’il pourra être traduit différemment par une juridiction ?
Lors de la consultation pour la ratification du traité du Maastricht, qui paraît-il, était un bon traité, ses partisans de l’époque, nous
avaient prédit moins de chômage, une meilleure croissance économique, une justice plus égalitaire, plus de solidarité, le progrès
social, la paix… Dix ans après, ces sempiternelles rengaines sont renouvelées…
Le chômage a continué de croître, la croissance annuelle est toute relative, le pouvoir d’achat ne cesse de diminuer, le terrorisme
est malheureusement toujours présent, la justice reste toujours à double vitesse : celle rendue aux citoyens lambda et celle pour
les notables. Quand à la solidarité et au progrès social européen, on cherche toujours après. Un bel exemple vient illustrer la
régression en la matière : la directive Bolkestein. Cet ancien commissaire européen, propose au nom de la libre concurrence,
que les sociétés de service – pour l’instant – appliquent, si elles le souhaitent, les règles sociales, le droit en vigueur du pays dans
lequel elles auront établi leur siège social. En clair, demain, une grande entreprise comme Renault ou Arcélor, dont le siège
aura été transféré en Roumanie ou en Pologne par exemple, pourra très bien appliquer à son personnel travaillant à l’étranger,
donc en France, la convention collective signée dans ces pays de l’Est, et pourquoi pas la grille des salaires de ces pays émergents…
Jean-Louis Beffa, PDG de Saint Gobain, estime que le salaire horaire moyen en Europe de l’Ouest, charges comprises, est de
23 euros, tandis qu’il est de 4 euros en Pologne ! Hum ! Inutile de développer…
Et que dire de la différence des taux de prélèvements sociaux obligatoires et de la fiscalité plus avantageuse dans d'autres pays....
Si l'on raisonne gestion, c'est une autre vision économique qui s'appliquera, préjudiciable pour l’emploi.
Dernière chose, tout aussi essentielle : que va-t-il advenir de nos services publics ?  Ce traité en fait également abstraction.
Et pour cause… L’Europe doit se doter paraît-il d’une constitution pour défendre les valeurs universelles, la prospérité, la démocratie,
la liberté, l’égalité des chances pour les femmes et les hommes qui habiteront dans cet espace privilégié.
Alors c’est vrai, une nouvelle organisation des pouvoirs permettra de la faire fonctionner plus démocratiquement. La coopération
économique, industrielle, politique et de défense sera renforcée entre les Etats membres. Un traité dynamique quoi.
Mais est-ce que cette organisation administrative est nécessaire quand on constate que dans notre vie de tous les jours, peu de
choses changent ? Cette Europe, telle que l’on veut nous l’imposer fait donc peur.
Les partisans de la constitution nous mettent en garde : si le non l’emporte, nos enfants aurons demain une grande désillusion.
Les lendemains seront difficiles, la France cessera d’exister….
Soyons sérieux. Le non républicain sera une réponse claire pour revendiquer un autre projet d'avenir européen. L’Europe
est une grande aventure qu’il faut soutenir, mais cette Europe, habillée d’un traité qui prône un libéralisme économique débridé
n’est pas acceptable.
De toutes façons, si le oui ne l’emporte pas, nos gouvernants trouveront bien une autre stratégie pour que les Français ratifient
cette constitution. La voie parlementaire par exemple…

C. HOMBERT - avril 2005