UNE NOUVELLE VIE

Une année avant la date de mon départ en préretraite, je m’interrogeais sur la réaction, sur le comportement que j’aurai à l’issue de ma dernière journée de travail. Quelle sera mon attitude face à mes collègues que je saluerai une dernière fois ? A quoi penserai-je sur le chemin de l’ultime retour vers mon domicile ? Et plus généralement, dans quel état d’esprit j’aborderai cette nouvelle vie qui allait s’offrir à moi ?

J’avais envisagé de noter sur une feuille de papier mes impressions au fil de l’eau, un peu comme on remplit un journal intime. Bien qu’y pensant souvent, je n’en ai jamais eu le temps, ou peut-être, le désir profond. Le compte à rebours s’est écoulé inexorablement et tout au long de cette dernière année, je n’ai jamais pensé à la préretraite. Non pas que je voulais l’éluder, mais trop occupé par l’accomplissement de mes tâches quotidiennes, et leurs transferts progressifs vers d’autres personnes, je n’ai pas vu le temps passé.
Et le dernier jour est arrivé. Comme une date anniversaire, je me souviendrai encore longtemps du 18 janvier 2005, jour qui mit un terme à ma carrière professionnelle.

Je n’ai ressenti aucune émotion particulière. L’au revoir à mes collègues s’est effectué comme un acte de la vie courante. Une petite amertume peut-être, celle de les quitter définitivement, car en 10 ans de vie commune, je savais pertinemment que les rapports humains créés, allaient s’étioler.

En empruntant pour la dernière fois la route du retour, je ne regardais même pas la porte de l’établissement qui m’avait hébergé pendant mes dernières années. Dans ma voiture, j’écoutais avec ravissement à la radio, une chanson de Procol Harum datant de 1967 ! Indémodable, le tube de l’époque, «A whiter shade of pale», me rappelait l’année mon engagement dans la vie professionnelle. Presque 40 ans ! Que de chemin parcouru depuis cette année-là ! Ainsi, ce morceau de musique, venait me rappeler avec une pointe de nostalgie, le début et la fin d’une longue carrière.

Mais la joie que j’éprouvais à ce moment-là, en masquait une plus grande : la disparition des contraintes journalières et des objectifs professionnels. Une autre joie : celle de ne plus penser aux conséquences qu’engendrent les perpétuelles réorganisations structurelles. Elles auraient pu me conduire travailler dans une autre région, voir dans un autre pays.

Une nouvelle forme de liberté s’offrait à moi. Je ressentais une certaine jubilation à l’idée de pouvoir organiser mon temps, en fonction de mes désirs.

Ainsi, bien qu’éprouvant le souhait de mentionner mes impressions sur un carnet, j’y renonçai. Avec le recul, je me demande ce que j’aurais d’ailleurs bien pu y écrire.

Deux mois après mon départ, c’est un autre désir que je ressens, celui de faire le point sur mes premiers jours de retraite.

Comme tous les retraités, on a l’impression d’être en vacances pendant le premier mois. Puis, les jours suivants, on s’habitue à ce congé. A part l’obligation de se rendre au travail tous les jours, rien n’a vraiment changé dans ma vie.

Prévues de longue date, les activités sportives, culturelles et associatives, sont venues prendre le relais. Je n’ai donc ressenti aucune interruption dans la transition.

Pas question de faire la grasse matinée. La première occupation de la journée est une marche d’environ ¾ d’heure. En général, elle joint l’utile à l’agréable : cette activité physique, salutaire, me conduit généralement chez le boulanger ou dans des magasins pour y faire de petites emplettes.

Outre la marche, qui n’est pas la seule discipline sportive que je pratique, des activités cérébrales et culturelles occupent également une bonne partie de mon temps.

Une nouvelle occupation, outre l’accomplissement de certaines contingences familiales, a trouvé sa place : la cuisine. Sans prétention particulière et afin d’aider ma femme, qui ne bénéficie pas encore de mon régime de préretraite, j’éprouve un réel plaisir à cuisiner des choses simples… alors que je n’avais jamais approché les fourneaux.

Autre passe-temps incontournable, mi loisir, mi culturel : l’utilisation de l’ordinateur, qui occupe une place importante dans l’occupation de mon temps.

J’éprouve pour cet outil, un véritable engouement. Je l’utilise pour construire des sites web, enrichir mes connaissances, obtenir des informations sur des sujets divers, lire le journal auquel je suis abonné, réaliser des petites tâches de bureautique familiales ou personnelles, communiquer avec des correspondants internautes de par le monde et ainsi, entretenir des dialogues enrichissants avec des personnes que l’on ne rencontrera probablement jamais. Et je ne parle pas des immenses possibilités qu’offre le multimédia.

Enfin, je consacre un peu de mon temps aux autres. J’ai toujours, dans des domaines différents, participé à la vie associative. Maintenant, je passe une partie de mon temps, au travers d’une association et parfois à titre privé, à désacraliser l’ordinateur et à vulgariser les outils de communication et de diffusion des connaissances.

Comment dans ces conditions, ne pas aborder avec sérénité, cette nouvelle étape de ma vie : la retraite.

Si la pratique d’une activité physique est un facteur non négligeable pour retarder les problèmes inhérents à l’âge, l’entretien des neurones l’est tout autant si l’on veut préserver tout son potentiel d’énergie.

Je voudrais dire aux futurs retraités, que ce nouveau cycle de la vie qui s’offrira à eux, sera source d’enrichissement et de bonheur, car il existe des dizaines d’autres activités auxquelles on peut se consacrer.

La retraite étant inéluctable, il est indispensable de s’y préparer mentalement afin de ne pas se laisser envahir par l’inactivité ou l’oisiveté.

Elle ne doit pas être considérée comme déshonorante ou dégradante. En outre, mais je n’ai pu le vérifier, il paraît que le statut de grand père procure une seconde jeunesse… Alors, vive la retraite.

Christian HOMBERT

Mars 2005